Lex Persona > News > Décryptages > Signature électronique et présence ressentie : esprit es-tu là ?
logo-lex-persona

Signature électronique et présence ressentie : esprit es-tu là ?


Souvent, nous qui sommes des acteurs de l’évolution des comportements vers une plus grande acceptation de la dématérialisation, nous nous interrogeons sur les freins qui peuvent encore exister dans l’esprit des consommateurs pour adopter des technologies qui leur faciliteraient la vie et représenteraient un véritable progrès. Est-ce la peur du changement ? La crainte d’une plus grande complexité ? Dans la synthèse de quatre études qui vient d’être publiée par Eileen Y. Chou (lien), professeur assistant de Politiques Publiques à l’École de Leadership et de Politique Publique Franck Batten de Virginie (USA), il est démontré que la signature électronique inspire chez la plupart des individus une moindre confiance quant à la perception de l’implication du signataire. En d’autres termes, les personnes sondées ont tendance à minimiser la valeur d’un acte signé de manière électronique par rapport à un acte signé manuellement et pensent que des contrats signés électroniquement seront davantage propices à des violations que des contrats signés à la main.

Ce qui est intéressant dans ces travaux est qu’ils se concentrent sur la dimension psychologique. Les quatre études démontrent en effet clairement que les signatures électroniques inspirent une réaction totalement différente des signatures manuelles du point de vue de la perception des parties prenantes. Les participants citent notamment une présence humaine réduite dans les documents signés électroniquement par rapport à la signature manuelle qui, elle, symbolise au contraire cette présence. Résultat, les documents n’inspirent pas le même niveau de confiance et cela pourrait être un frein majeur à l’acceptation sociale de la signature électronique.

Avant de plaider pour nos paroisses et rappeler avec force d’arguments à quel point la signature électronique est plus sûre que la signature manuelle, à quel point les risques de falsifications sont réduits, voire totalement absents, ces travaux doivent nous amener vers une question essentielle, celle de la représentation symbolique d’une signature électronique de sorte de marquer cette implication physique et inspirer la confiance.

Les personnes citées dans les études ne disent pas que la signature électronique est moins fiable, elles disent seulement qu’on ne sent pas le signataire physiquement présent et que c’est cette moindre présence qui fait douter. C’est très différent et nous devons nous interroger sérieusement : comment pouvons-nous contribuer à restaurer symboliquement cette présence, pierre angulaire de la confiance ? Car la clé du développement du marché est peut-être là, dans notre capacité à figurer clairement la présence des signataires sur les documents eux-mêmes. Peut-être devons-nous adapter nos solutions pour qu’elles permettent une personnalisation plus marquée. En tout cas, il nous appartient d’apporter ici une réponse.

Aujourd’hui, un document signé de manière électronique va être identifié soit par des informations textuelles ou graphiques incorporées au document (qui n’ont aucune valeur légale, la signature électronique étant avant toute chose le résultat d’un calcul mathématique), soit par des informations issues du processus mathématique de vérification de signature effectué par un logiciel compétent et qui seront nécessairement présentées de manière indépendante du document (bandeau, panneau de signatures, rapport etc.). Finalement on voit ici que l’approche la plus rigoureuse pour traiter la signature électronique est celle qui s’éloigne le plus de l’humain.

C’est pour cela que les résultats de cette étude sont intéressants, en ce qu’ils montrent la nécessité impérieuse de dépasser les technologies pour revenir à l’humain et étudier très en profondeur la valeur symbolique et sociale du fait de signer. Si nous voulons que nos solutions soient plébiscitées par le grand public, seul véritable moteur de l’explosion de nos marchés, nous devons nous intéresser à cette dimension psychologique et faire en sorte que l’intervention humaine soit habilement et fortement marquée. Nous devons renforcer la présence symbolique des parties prenantes sur les documents qu’elles échangent et signent. C’est un chantier stratégique sur lequel nous travaillons chez Lex Persona depuis quelques années déjà, à travers une thèse visant à articuler les usages, parfois fort anciens, en termes d’établissement de preuve, avec les normes techniques et organisationnelles disponibles dans le domaine du numérique. Son objectif est de développer de nouveaux paradigmes, des principes d’interaction et des processus innovants permettant de produire et vérifier ces preuves de manière aisée, sûre et durable.

Nous avons là une énième illustration d’un phénomène qui accompagne la révolution numérique depuis ses débuts : c’est le désir d’usage qui crée l’appropriation massive d’une proposition technologique.

A nous de savoir le créer.