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L’identité numérique, accélérateur de la transformation digitale


Il est des expressions qui deviennent entêtantes tant elles sont employées, voire galvaudées, et c’est évidemment le cas de la fameuse « Transformation digitale » qui occupe le centre de bon nombre de débats depuis déjà des années.

De quoi parle-t-on ? D’innovation ? De rupture ? Ou tout simplement d’adaptation ?

Dans la plupart des cas, les organisations se réveillent un bon matin avec la conscience un peu confuse que les relations professionnelles ne fonctionnent plus comme avant, que les clients, les partenaires, les fournisseurs, tout le monde utilise des technologies pour réaliser des transactions et qu’il est urgent de s’adapter, sous peine de disparaître.

Sans véritablement mesurer l’ampleur des transformations nécessaires, sans savoir précisément ce qu’elles pourront y gagner, elles numérisent des processus à la hâte, pariant sur le fait que cette dématérialisation par petites touches sera synonyme de progrès pour l’organisation. Mais la véritable transformation met du temps à se produire car, dans cette précipitation, la dimension sociétale et humaine est trop souvent négligée.

La transformation digitale est avant tout un moteur de modernisation et d’innovation de l’entreprise mais ce n’est pas une fin en soi.

Encore aujourd’hui, de nombreuses actions ne sont pas possibles car les utilisateurs ne disposent pas massivement d’une identité numérique forte.

On peut toujours imaginer des processus dématérialisés formidables mais à quoi servent-ils si personne ne peut y avoir accès ? Encore aujourd’hui, on ne peut pas voter en ligne. On ne peut pas non plus signer un acte authentique préparé par un notaire sans se rendre physiquement chez le notaire en question. Il en est de même pour un nombre impressionnant de transactions. Une partie de la transaction est certes dématérialisée mais sans la possibilité, pour l’utilisateur, de se prévaloir d’une identité numérique forte et indiscutable, le concept de transformation digitale reste bloqué au niveau de l’intention.

En Grande Bretagne, le débat a été relancé récemment par Jeremy Corbyn, le Président du parti travailliste, qui a récemment proposé un manifeste pour une démocratie digitale au sein duquel figure la mise en place d’un passeport numérique citoyen pour tous les britanniques. On se souvient en France des débats avortés sur la carte d’identité électronique.

Le règlement eIDAS prépare le terrain pour faciliter l’émergence de schémas identitaires forts mais les états membres de l’Union Européenne sont très inégalement avancés sur ce plan : certains sont très en avance comme l’Estonie, la Belgique, d’autres suivent comme l’Espagne, le Portugal. D’autres encore les déploient à pas mesurés comme l’Italie ou l’Allemagne, et d’autres enfin ont connu des échecs comme l’Angleterre et la France avec des tentatives qui sont allées plus ou moins loin.

On présente souvent à tort le règlement eIDAS comme la légalisation à l’échelle de l’UE de l’identité numérique et de la signature électronique mais c’est ignorer que sur ce plan tout est en place depuis la Directive 1999/93/CE du 13 décembre 1999 !

Le principal intérêt du règlement eIDAS, est de favoriser l’interopérabilité des identités numériques et de la signature électronique sur l’ensemble du territoire de l’U.E. sur le long terme. Si nous en sommes encore à une absence d’implémentation à grande échelle, c’est que tout s’est développé dans le désordre, créant beaucoup de problèmes d’interopérabilité. Le règlement eIDAS corrige les effets « pervers » de la Directive mais ne contraint pas les états à faire émerger des schémas identitaires forts.

A ce stade, la transformation digitale à grande échelle demeure un mythe qui ne deviendra réalité que lorsque l’être humain aura résolu l’équation du développement de l’identité numérique en tenant compte de  la protection des données personnelles et des libertés individuelles.

Alors, plutôt que de nous régaler de ce buzzword « transformation digitale », essayons d’engager les acteurs dans une réflexion pragmatique et focalisons nos énergies sur l’élément qui permettra de déclencher un développement de grande ampleur, l’identité numérique.